Parler financement au féminin

Dans le but de mieux comprendre comment accroître la part de femmes dans les métiers des sciences et des technologies, l’étude « Elles Changent le Monde » se concentre sur l’un des axes majeurs de l’entrepreneuriat : la recherche de financements.

C’est un fait, d’autant plus flagrant lors des grands rendez-vous du milieu comme au CES 2019, les femmes entrepreneurs dans le milieu de Tech restent très minoritaires, seulement 17 % des femmes qui entreprennent le font dans la Tech. Cela dit, cette proportion serait en hausse, notamment grâce au soutien des incubateurs, collectifs et réseaux de femmes entrepreneurs qui donnent un meilleur accès au financement.

L’incubateur Station F met d’ailleurs un point d’honneur à recruter des porteuses de projet féminines, 40 % même. Dans la logique d’épauler les entrepreneuses là où elles en ont le plus besoin, Roxanne Varza, directrice de l’incubateur, soutient l’idée de roôes modèles. Ce sont Sheryl Sandberg (CFO de Facebook) et d’autres pointures inspirantes du numérique qu’elle invite pour participer à des sessions de questions et réponses avec les startupeuses incubées chez Station F. Pour veiller à la parité au sein de ses programmes d’accélération, l’incubateur va chercher à recruter dans des réseaux où la proportion de femmes est plus importante qu’ailleurs. Son programme Fighters qui s’adresse aux jeunes entrepreneurs des zones défavorisées comprend d’ailleurs des femmes au parcours étonnant : avec Euveka, Audrey-Laure Bergenthal, commercialise des mannequins robots connectés qui aident les stylistes dans le design de vêtements.

La Journée de la Femme Digitale décerne tous les ans le Prix les Margaret, en l’honneur de Margaret Hamilton, reconnue pour ses innovations informatiques dans les années 1960-1970. Parmi les lauréates primées pour avoir fait bouger les lignes dans la Tech, desquelles fait partie Roxanne Varza, on retrouve Céline Bardet (We Are not Weapons of War) et Joséphine Goube (Techfugees).

User du potentiel de la technologie pour aider ceux dans la difficulté est un thème récurrent chez les femmes entrepreneurs de la Tech. We Are not Weapons of War, et son application Back Up, lancée l’année dernière, permet aux victimes de viol de guerre de se signaler et entrer en contact avec des médecins, psychologues et obtenir un accompagnement juridique, malgré leur situation en zone de conflits. L’appli aide également à la transmission de documents importants et leur sauvegarde et soutien les procédures judiciaires. De son côté, Techfugees a su élever le smartphone en véritable compagnon de survie. L’organisation à but non lucratif coordonne les efforts de la communauté Tech internationale et les besoins des réfugiés, demandeurs d’asile et personnes déplacées. Sans accès à un financement, ces projets auraient bien du mal à voir le jour et obtenir le rayonnement dont ils jouissent. Les trois femmes font également partie de l’exposition « Remarquable Women in Technology », en partenariat avec l’UNESCO, qui présente une vingtaine de portraits de femmes dans le domaine, devant le siège de l’organisme.

Un parcours semé d’embûches

Selon le baromètre StartHer-KPMG datant de 2017, seulement 14,5 % des startups françaises qui ont reçu une réponse positive à leurs demandes de financement comprennent des femmes dirigeantes. De plus, les montants levés, en moyenne inférieurs à ceux des hommes, seraient en baisse. Pourtant, l’étude « Elles changent le monde », constate que les femmes créent des entreprises à la rentabilité supérieure aux hommes (+10 %). Alors pourquoi est-ce si difficile pour les femmes d’accéder à un soutien financier ?

L’étude démontre que demander de l’aide pour financer leurs projets ne fait pas peur aux femmes entrepreneurs, la moitié ont entamé le processus ou planifie de le faire. C’est une démarche qui pour les trois quarts est faite seule ou accompagnée de collaboratrices. Les hommes sont associés ou épaulent leurs collaboratrices dans seulement un quart des demandes de financement. Chiffre révélateur, 62 % des demandes de financement de la part de femmes sont inférieures à 250 000 .

 

Etude Financement Journée de la femme Digitale

Non seulement les demandes ne sont pas assez nombreuses pour arriver à la parité, mais en plus elles sont de faible valeur sur le marché national. D’autre part, l’étude révèle que les prêts bancaires (25 %) et les subventions de l’État (23 %) arrivent loin devant les Business Angels (17 %) et les fonds de capitaux (13 %) parmi les demandes de financement. Pourquoi ce recul devant l’obstacle ? Sans doute par manque de confiance, un frein qui revient souvent pour expliquer la disparité des genres.

Effectivement les femmes ont besoin de soutien, il ne s’agit non pas de les prendre par la main, mais de former en techniques commerciales, comme en témoignent 38 % des sondées. D’autre part, 26 % trouveraient utile l’accompagnement au financement et à la construction d’un business plan.

Et même si les femmes vont chercher du financement, c’est la phase d’amorçage qui pêche. Le ticket moyen des levées de fonds menées par des femmes entrepreneurs est en baisse, selon Les Échos, l’écart le plus important se situant entre l’amorçage et les premiers tours. Alors que les demandes sont rarement refusées (6 %), la démarche de demande de financement reste souvent unique et en début de projet.

Si l’argent est le nerf de la guerre, les femmes partent en bataille, mais ne retournent pas poursuivre leur campagne. Les financements d’amorçage de projet, 56 % des dossiers, donnent donc peu de suite à une deuxième demande. De fait, uniquement 33 % réitèrent la démarche dans les trois premières années d’existence de l’entreprise.

Féminiser les métiers d’investissement

Ceux dont le métier est de dénicher les pépites et d’investir dans leur croissance s’accordent sur le fait que tout est plus facile quand le courant passe. Moins de la moitié des demandeurs de financement ont compté une femme lors de la présentation de recherche d’investissement de leur projet. Comme pour la cooptation, psychologiquement l’être humain va tendre vers un semblable, c’est pour cela qu’il est d’autant plus important de féminiser l’autre côté de la table.

On compte aujourd’hui seulement 7 % de femmes Business Angels, dont l’ancienne ministre du Numérique et du Commerce extérieur, Fleur Pellerin ; 32 % ont pensé à le devenir. Les raisons principales qui mettent en doute leur ambition sont le manque de fonds (55 %) et le manque de connaissances (46 %). Les femmes qui souhaitent investir gagnent à être soutenues.

 

L’étude rend compte de la complexité financière à laquelle les femmes se heurtent quand elles entreprennent. Non seulement elles se lancent dans un milieu aujourd’hui dominé par les hommes, mais encore faut-il qu’elles persévèrent à la suite d’un premier éclat d’amorçage de fonds. La Journée de la Femme Digitale rappelle qu’il est aujourd’hui plus important que jamais d’épauler celles qui osent au travers des difficultés qui se présentent tout au long de ce parcours du combattant.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.