On n’en est pas encore à soulever une voiture d’un doigt pour changer un pneu. Pourtant les exosquelettes promettent déjà bien des merveilles pour améliorer le quotidien. Les premiers prototypes concluants s’invitent dans les industries pour faciliter la pénibilité de certaines tâches. Des personnes handicapées retrouvent la possibilité d’utiliser leurs jambes et les futurs soldats de l’armée se rapprochent jour après jour d’une combinaison à la Iron Man, comme annoncé par Barack Obama. Qui sait jusqu’où cette technologie va nous mener sur le chemin de l’augmentation des facultés humaines ? Peut-être demain serons-nous capables de traverser à pied les steppes de Mongolie sans effort et dans un temps record grâce à des exosquelettes personnalisés. Voire de battre Usain Bolt à la course sans verser une goutte de sueur !

Retrouver l’usage de ses jambes : le miracle de l'exosquelette

Au fil des années, la robotique ne cesse de progresser et de s’adapter aux besoins de chacun. Comment imaginer un exosquelette sans penser aux fabuleuses possibilités offertes aux personnes handicapées ? En tête des innovations en la matière, on retrouve le Rewalk, qui a récemment obtenu l’autorisation de l’agence du médicament américaine pour débuter la vente aux particuliers. Mis au point par la société israélienne Argo medical technologie, l’exosquelette Rewalk arbore deux moteurs situés à la hanche et à l’articulation du genou, une batterie, des détecteurs de mouvements ainsi qu’un ordinateur de bord. À l’aide d’une télécommande fixée au poignet, les patients paralysés des jambes sont capables de sélectionner diverses actions, comme se lever, s’assoir, rester debout et surtout marcher.

Bien qu’il nécessite encore l’utilisation de béquilles pour maintenir l’équilibre, l’appareil effectue une flexion du genou et des hanches d’un simple déplacement du bassin. Le Rewalk impose néanmoins une taille de 1m60 à 1m90 et un poids maximal de 100 kg. Il se destine aux personnes atteintes au niveau de la 7e vertèbre thoracique et de la 5e vertèbre.

Lire aussi : Et si la technologie rendait la vue aux aveugles ?

En France aussi, les technologies médicales de l’exosquelette se développent et n’ont pas fini de nous impressionner. L’entreprise Clinatec et son fondateur le Professeur Alim-Louis Benabid travaillent d’arrache-pied sur un prototype capable de redonner la faculté de se déplacer aux 50000 tétraplégiques résidant en France. La seule condition est que la pathologie ne soit pas due à un défaut cérébral. En effet, l’exosquelette EMY implique une procédure pour placer deux implants de part et d’autre du cerveau. Ces derniers vont permettre de capter les impulsions électriques afin de commander les mouvements du dispositif. Réalisé en titane par impression 3D,  l’exosquelette dispose de 14 moteurs pour contrôler chacun des membres. Encore en phase de conception et d’amélioration, le projet de Clinatec a déjà démontré l’efficacité de son contrôle par la pensée sur un premier patient. Un tel exploit sur de nouvelles personnes tétraplégiques ouvrirait la porte aux levées de fonds nécessaires pour le mener à bien.

Car les bienfaits au quotidien de prototypes comme le Rewalk ont déjà mis en évidence des améliorations sur le plan cardiaque, veineux et même osseux. Sans oublier les bénéfices psychologiques qu’engendrent un gain d’autonomie et la satisfaction de pouvoir se tenir debout.

Après le costard et la blouse…l'exosquelette

La quête du bien-être est devenue une véritable révolution dans le domaine du travail. À l’exemple de la manutention et du BTP, certains secteurs voient leur niveau de pénibilité élevé engendrer des conséquences néfastes sur la santé des employés. Heureusement, l’exosquelette fait également son arrivée dans le monde du travail afin d’augmenter les capacités physiques et donc indirectement alléger les tâches les plus difficiles. 100 % français, le Shiva Exo a été spécialement étudié pour favoriser la productivité tout en atténuant les troubles musculosquelettiques. Ce dispositif, développé durant trois ans par la société ErgoSanté, est constitué à 90 % de composites et contribue nettement à améliorer les conditions de travail. Les premiers exemplaires ont été destinés aux collaborateurs d’Airbus Helicopters afin d’empêcher les éventuels traumatismes relatifs au dos, à l’épaule et au coude. En redirigeant les contraintes de poids vers les hanches, l’exosquelette Shiva Exo facilite grandement le port de diverses charges et la faculté de maintenir des positions auparavant pénibles.

Lire aussi : Samuel Metias, Comeet : « On a créé une application pour sortir de l’isolement au bureau »

Autre perle française, l’entreprise vendéenne Gobio n’ambitionne pas une approche transhumaniste, bien au contraire. Elle œuvre à concevoir des exosquelettes plus légers et moins coûteux dans un but d’assistance sur les lieux de travail. En association avec la société néerlandaise Skel-Ex, elle a conçu l’IP12, un exosquelette mécanique et épuré, sans apport énergétique. La firme compte déjà de nombreux clients, à l’exemple d’Alstom et de Naval Group, tandis que d’autres sont en phase de test chez Renault, Bonduelle et Vinci. Visant un chiffre d’affaires de 2 à 3 millions d’euros en 2019, Gobio développe un exosquelette motorisé, ainsi qu’un bras d’assistance zéro gravité destiné au secteur des transports et notamment aux cheminots travaillant avec une meuleuse de 12 kg.

Robocop n’a qu’à bien se tenir !

Depuis des années les projets d’exosquelettes de l’armée se multiplient à travers le monde. La Russie a inventé un prototype pour le tir à une main à blindage intégral et avec casque high-tech optimisé par intelligence artificielle. Les Américains se sont lancés dans la bataille à corps perdu avec l’exosquelette TALOS (Tactical Assault Light Operator Suit) surnommé Iron Man par la presse. Après les jet-packs et autres hoverboards, les exosquelettes militaires vont augmenter les capacités existantes des soldats et même permettre d’arrêter les balles. D’ailleurs, l’armée française n’y fait pas exception avec des recherches lancées depuis 2010 en collaboration de la startup RB3D.

Lire aussi : Flyboard Air : et si demain vous alliez chercher le pain en volant ?

Cependant, il se pourrait bien que ce soit l’entreprise québécoise Mawashi qui devance toutes les autres. En tout cas dans un premier temps, avec pour objectif principal les difficultés liées au port des lourdes charges. Son exosquelette nommé Uprise est capable de diminuer jusqu’à 70 % le poids total transporté par un soldat. Un véritable exploit alors qu’il n’est pas motorisé et un atout considérable pour ne pas risquer de se retrouver sans énergie en pleine mission. Considérée comme l’une des innovations les plus avancées en la matière, l’Uprise risque de devenir le premier exosquelette utilisé par des forces armées. Mais les progrès dans le domaine militaire foisonnent et de nouveaux projets pourraient bien nous surprendre plus tôt qu’on ne le pense.

 

On a tous rêvé un jour d’être plus fort, de sauter plus haut et de se déplacer plus vite. Un rêve qui prend aujourd’hui forme avec l’émergence des exosquelettes en tout genre. Une innovation qui commencera par améliorer le quotidien de milliers de personnes dans des secteurs variés, à commencer par la santé, le monde du travail et l’armée. Mais de là à ce qu’on enfile notre exosquelette comme on monte sur un vélo, il n’y a qu’un pas.

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.