La course à l’orbite

Vous l’aurez compris, comme avec Internet, tout commence avec l’armée. Créé à des fins militaires en 1973, le GPS (Global Positioning System) est d’abord exploité par l’armée américaine. Puis en 2000, il s’ouvre au grand public, permettant à quiconque de connaître à toute heure du jour et de la nuit sa position dans le monde, à quelques mètres près. Une innovation sans précédent, dont clairement aujourd’hui nous ne pouvons plus nous passer. Au-delà de nos déplacements en voiture qui aujourd’hui ne souffre plus l’oubli d’un GPS, c’est tout un pan de nos usages qui se trouvent transformer : Uber mais aussi applis de randonnée permettent à bien des fanas de foulées montagnardes de partir avec la totalité des cartes IGN dans la poche.

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L’Union européenne prend la mesure de cette dépendance vis-à-vis du géant américain et lance en 2003 Galileo. Lancée officiellement en 2016 et entièrement opérationnelle à l’horizon 2020, la constellation de satellites apporte précision et transparence pour mieux observer notre planète du ciel. L’enjeu est bien sûr d’avoir un meilleur contrôle sur nos données de navigation. Aujourd’hui Galileo revendique 400 millions d’utilisateurs, selon Jean-Yves Le Gall, président du Centre National d’Études Spatiales (CNES). La France est très active dans le projet Galileo. Elle participe au développement des vaisseaux composants la constellation innovante actuelle. Ce travail a d’ailleurs été reconnu en 2017 par le prix du meilleur inventeur européen décerné à Laurent Lestarquit du CNES et son équipe.

Aujourd’hui, il est fort possible que votre smartphone, objet connecté ou assistant de navigation, utilise déjà automatiquement le système de navigation européen. L’Union européenne a même mis à disposition la liste des smartphones compatibles. On y retrouve les grandes marques, remontant à l’iPhone 6 S et Samsung S8, sans oublier le Google Pixel et Huawei Mate 9.

Galileo, l’innovation pour tous

Tandis que les USA ont privatisé l’innovation en orbite, en Europe, l’exploration spatiale est d’ordre public. Les données générées par des infrastructures publiques sont mises à disposition de tous, chercheurs, entreprises du secteur privé, étudiants, et même nous.

Galileo et ses 26 satellites en orbite peuvent se vanter d’une couverture mondiale de 99,8 %. Même s’il vise à remplacer son concurrent américain, il joue fairplay : deux types de bandes de fréquence permettent à la fois une couverture indépendante, et aussi l’opération commune avec le GPS américain pour une géolocalisation unifiée.

Ses autres avantages sont multiples, en commençant par une plus grande précision. Galileo fournit une localisation au mètre près, tandis que le GPS américain, lui, ne propose qu’une exactitude à 10 mètres pour le grand public. Pour les scientifiques, Galileo contribue à réduire le degré d’incertitude et la marge d’erreur des mesures. Pour les particuliers, il renseigne une meilleure navigation et met à disposition les données recueillies sur notre chère planète.

Réenchanter l’espace pour mieux sauver la planète

Mais une question se pose : la multiplication des satellites modèlera-t-elle le monde de demain ? Plus précisément, savons-nous tout ce qu’il se trame là-haut ? La mission de développement économique et logistique de Galileo est de taille : transporter toutes nos ressources en toute sécurité et à coût réduit. C’est aussi une question de souveraineté face à des pays comme les États-Unis, la Russie et la Chine dont les intérêts économiques et politiques n’harmonisent pas toujours avec les nôtres.

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Galileo soutient également l’agriculture de précision qui se développe grâce au suivi effectué par les satellites. Cette stratégie agricole qui rationne l’utilisation d’engrais et d’herbicides tend vers une industrie agroalimentaire plus propre tout en maintenant des coûts bas. Un concept doublement positif qui vise à augmenter la productivité tout en réduisant l’impact sur la planète, plus qu’à propos dans le contexte actuel.

Les services publics ne sont pas en reste, la gestion topographique, le secourisme, les trafics aériens et fluviaux, ont tout à gagner des innovations qu’apporte le projet Galileo. Dans la pratique, cela donne par exemple une meilleure localisation d’une personne en situation de détresse, en haute montagne ou en mer. Les systèmes d’aviation sans pilotes bénéficient déjà de la précision augmentée ; il ne serait pas surprenant qu’il prenne la main sur les tours de contrôle d’aéroports à la circulation dense à l’avenir.

 

En ces temps où le changement climatique préoccupe un nombre toujours plus grand de personnes, Galileo incarne également un espoir nouveau. Mieux surveiller la Terre de là-haut, c’est relever la température des eaux et l’impact de notre consommation à travers le globe, l’expansion de ces fameuses îles de plastique au milieu de l’océan Pacifique par exemple. Ce point de vue en hauteur a beaucoup de choses à nous apprendre sur notre planète et les internautes expriment un réel engouement pour ce type d’informations. Il n’y a qu’à voir le compte Instagram de l’astronaute Thomas Pesquet qui ravit ses 484 000 abonnés de sublimes clichés montrant la Terre autrement. Il y relate une exploration de la Terre à partir de l’espace faite d’émerveillement et de redécouverte d’un monde trop longtemps considéré comme acquis.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !