Au fil du temps les facultés physiques et mentales de l’homme régressent et le cerveau est l’un des organes les plus touchés. Certes, l’idée de placer dans mon propre corps un dispositif électronique, aussi petit soit-il, me rebute quelque peu. Pourtant, à choisir entre une maladie dégénérative ou ce petit sacrifice, le choix est simple. À bien y réfléchir, biologie et numérique risquent tôt ou tard d’unir leur force pour notre bien-être. En 2015 déjà, deux singes avaient réussi à contrôler leurs membres inférieurs paralysés grâce à des implants neuronaux créés par l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Les possibilités en la matière semblent infinies et nombre d’objectifs éthiquement louables remplissent les calendriers avant de viser les supercapacités si chères aux films de science-fiction.

Neuralink : l’implant neuronal selon Elon Musk

Avec tout le bruit que fait le milliardaire américain sur les réseaux sociaux, difficile de passer à côté de l’actualité d’Elon Musk. Au milieu du mois de juillet dernier, il exposait les premiers résultats de la technologie d’implants neuronaux baptisée Neuralink. Le système se compose de 96 filins quatre fois plus fin qu’un cheveu implantés dans diverses parties du cerveau. Chaque fil comprend 32 électrodes et est relié à une puce sous-cutanée derrière l’oreille pour transmettre les signaux.

La mise en place du dispositif sera effectuée par un robot neurochirurgien spécialement conçu par la start-up pour réaliser l’opération. À cela s’ajoute un petit boîtier externe servant d’interface avec l’implant neuronal. Semblable à un appareil auditif, il se place derrière l’oreille et se retire pour mettre fin à la connexion. Une application Smartphone lui est dédiée effectuant la transmission de données via Bluetooth.

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Travaillant depuis deux ans sur cet implant cérébral, l’équipe d’Elon Musk devrait entamer les premiers tests sur les humains d’ici 2021. Ce dernier insiste sur l’importance d’un tel dispositif pour pallier l’asservissement du cerveau humain aux algorithmes. Mais c’est bien sûr les progrès en matière de médecine que le système promet le plus pour le moment. Selon lui, le Neuralink va permettre de contrôler des membres robotiques pour les personnes paralysées, mais également apporter une solution pérenne aux nombreuses maladies neurologiques comme Alzheimer. L’avenir nous dira si le dispositif comblera toutes ses espérances, à commencer par la validation de la Food and Drug Administration (FDA) d’ici fin 2020 avant la prochaine étape d’expérimentation.

Guérir les troubles du cerveau et plus encore…

À la pointe de cette technologie et des neurosciences, on retrouve la société franco-américaine Ni2o qui prend ses quartiers à Paris, au sein de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière. Depuis le 18 octobre 2018 et sous l’impulsion du cofondateur Newton Howard, elle œuvre au traitement des troubles du cerveau. Parmi leurs objectifs, on compte les maladies dégénératives, le déficit d’attention dû à l’âge, mais aussi les troubles obsessionnels compulsifs.

Encore en phase d’expérimentation, leur puce nommée Kiwi est un bijou de technologie minuscule pesant moins de deux grammes. Composée d’une couche de nanocarbone, elle permet de recréer les relations entre les neurones pour réparer des zones endommagées du cerveau. Les neurotransmetteurs abîmés par la maladie d’Alzheimer, de Parkinson ou avec la vieillesse sont alors remplacés par le dispositif au travers de fines impulsions électriques. En envoyant le bon signal aux neurones, il est alors possible de prévenir les divers symptômes visés. Une application mobile offre la possibilité au médecin de proposer un suivi optimal avec une vue sur toutes les données collectées. Point non négligeable, l’implantation ne nécessite aucune craniotomie en passant par la cavité nasale. En poussant plus loin, les capacités de l’implant Kiwi pourraient également perfectionner les facultés cognitives des sujets, notamment la rapidité et la qualité de mémorisation.

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Autre projet en cours dans le domaine, la micropuce FlatScope. Développée par des chercheurs aux États-Unis et financée par l’armée américaine, il s’agit d’un implant innovant consistant à transmettre des informations sensorielles directement au cerveau. Partis du principe des processeurs pour smartphones condensant des milliards d’éléments sur une puce, les scientifiques ont cherché à l’appliquer aux interfaces neurales.

 

Capable de traiter des milliers de données, FlatScope capture l’activité cérébrale avec une précision jamais égalée et peut stimuler des millions de neurones dans le cortex. Son action a pour but d’éviter toute intervention physique pour réparer les problèmes de vue et d’audition. À terme, les malvoyants verront le monde par le biais d’une caméra, et les sourds entendront grâce à un système de microphones. Avec déjà un financement pour les quatre années à venir, les ingénieurs de l’Université Rice au Texas comptent bien poursuivre leurs travaux visant à remplacer les sensations humaines par des équivalents numériques. Leur mécène, la DARPA (agence du département de la Défense des États-Unis) n’écarte pas les possibilités d’améliorations humaines à de fins militaires dans le futur.

 

Les procédés d’implantation neuronaux sont de plus en plus nombreux. Impossible de tous les citer et difficile de dire lesquels verront le jour en premier. Bien que le domaine médical semble le premier visé, le processus laisse place à la question de l’éthique. On ne peut qu’imaginer les progrès et améliorations que pourrait connaître le cerveau humain avec des implants toujours plus poussés. Super soldats, hommes augmentés, les termes ne manquent pas pour définir un sujet qui risque bien de faire polémique plus tôt qu’on ne le pense…

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.