Tous les chemins mènent à la ville

Si aujourd’hui 80 % des Français sont citadins, leur environnement peine à s’adapter au flux des nouveaux arrivés. Véritables sacs de nœuds, les agglomérations sont gourmandes en ressources et généreuses en interactions, qu’elles soient voulues ou non ! Tout y est relié, de l’optimisation de sa consommation d’énergie au bien-être de chacun. Le 23 mars a tristement marqué la journée grise, le jour où les français ont épuisé le stock d’énergies vertes pour toute l’année, se repliant donc sur le nucléaire ou les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). Un autre chiffre qui renforce ce constat, est celui du bilan électrique 2018 RTE qui estime que notre consommation d’électricité actuelle est seulement couverte à 22,7 % par les énergies renouvelables. La smart city devra combattre l’épuisement des ressources et faire face à la menace du réchauffement climatique. De quoi en motiver à trouver des solutions intelligentes tirées de nos usages actuels. La smart city nous scrute et nous étudie. Et si l’hyperconnexion réduisait le chaos de ces lieux de bouillonnement humain ?

Construire la Smart City

Articuler la ville pour y faciliter la vie de ses habitants tout en favorisant son essor, pas une mince affaire ! Imaginez un Rubix cube géant avec bien plus de nuances de couleurs et à la forme changeante. Grâce à la collecte de données, la Girondine Qucit (Quantified Cities) analyse et tente de prédire l’essor des villes. L’intelligence artificielle nourrie du comportement des citadins informe du développement et de la gestion des espaces urbains comme la répartition des places de stationnement. Soucieuse de l’impact des aménagements, elle mesure aussi leur impact sur le bien-être des habitants (stress, sécurité, confort).

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Il faut de tout pour faire une cité où il fait bon vivre : des centres commerciaux, des immeubles résidentiels, des musées. La ville intelligente prolonge ses investissements en préservant cet écosystème d’infrastructures. Le BIM (Business Information Modelling) est un système par lequel ont été construits La Canopée des Halles et la Fondation Louis Vuitton. Il consiste en une maquette numérisée 3D qui suit la vie du bâtiment dès son imagination jusqu’à sa maintenance dans le temps, qui saura s’adapter au vieillissement et à l’usure. Ce système prévoit la durabilité d’un immeuble en permettant à différentes équipes et générations de s’en occuper à travers le temps.

Dans la smart city, les particuliers investissent dans du dur, sur mesure. La startup HabX a bien compris que l’achat immobilier est aussi une affaire personnelle. Face à la standardisation de l’habitat, elle prend le contrepied en proposant l’ultra personnalisation. L’algorithme de la startup localise les projets immobiliers, les tarifie en intégrant les données fixes (l’orientation, l’étage, etc.) et enfin calcule l’aménagement selon les préférences des acquéreurs. L’idée étant d’accompagner les corps de métiers du bâtiment traditionnels vers un immobilier plus en phase avec ses habitants.

Ville intelligente, ville sécurisée

Dans la smart city la protection de notre home sweet home se fait agile. L’interphone dématérialisé de Bonjour+ permet de communiquer avec un visiteur quand on n’est pas chez soi, fournir un code d’ouverture de la porte ou se tenir au courant de comportements suspects. Les accidents seront limités grâce à l’intelligence artificielle embarquée de Bob Assistant, branché sur les électroménagers, qui prédit les pannes en détectant les vibrations anormales. Laissant du temps aux techniciens de travailler à la prévention plutôt qu’à la réparation. Aujourd’hui utilisé par de grands groupes, demain Bob viendra peut-être ausculter notre vieille chaudière.

Du côté cybersécurité, les attaques informatiques devenues monnaie courante pointent la vulnérabilité de nos vies connectées du lever au coucher. En effet, l’internet des objets, victime d’attaque par déni de service, pourrait bien nous plonger dans des situations où nos vies seront mises en suspens. Impossible d’entrer (déverrouiller sa porte connectée), se déplacer (démarrer sa voiture autonome) ou bien de communiquer avec ses proches. Cible plus importante, l’e-administration est en première ligne du piratage de données et de la cyberguerre qui s’annonce. D’ailleurs le métier de hacker éthique pour contrer cette malveillance est en plein essor en 2019. Le risque de mettre le monde connecté sur pause est réel. Si les startups françaises traitant de cybersécurité (blockchain ou RGPD) sont en croissance, peu se positionnent encore sur des solutions innovantes.

La mobilité intelligente, une affaire de bon sens

Les villes grouillent d’activité, leur taille importante défie les citadins à les naviguer. Maintenant que nous avons bien intégré Uber et son option communautaire Pool, les péripéties des vélos partagés, les trottinettes avec QR code et autres gyropodes, il s’agit maintenant de les rendre interopérables entre eux, public et privé confondus. C’est ce que tente actuellement de faire Citymapper à Londres, en combinant métro, vélos et même VTC sous un même abonnement.

Se déplacer sans aggraver le réchauffement climatique est le grand défi des villes de demain. La motorisation hybride et électrique c’est le nouveau pari des constructeurs automobiles. De son côté, la startup lilloise Parkki agrège les données de stationnement pour aider les conducteurs à trouver une place vacante. Une innovation doublement intelligente qui fait à la fois gagner du temps et contribue à réduire les émissions carbone.

Pour le bien-être des citadins, les collectivités intègrent l’écomobilité avec difficulté. Un des freins étant l’installation des infrastructures nécessaires. Ainsi Ecovélo a pensé à une forme plus agile de bornes de vélos partagés. La startup transfère l’intelligence de la borne vers le vélo, ainsi cette première reste « passive » et déconnectée. Son installation en devient légère et prévoit ainsi un droit à l’erreur. Si la station est peu utilisée, on pourra alors facilement la déplacer dans un lieu où la demande est plus forte.

Des villes moins gourmandes

Les villes sont de vrais ogres de la consommation énergétique. Aujourd’hui, éteindre la lumière ou baisser le chauffage quand on quitte la pièce ne suffit plus. De jeunes pousses françaises travaillent à contrôler la consommation de notre habitat. Après le compteur Linky, c’est au tour d’autres objets connectés d’emménager et de nous faire prendre de meilleures habitudes. La vanne connectée Netatmo se greffe aux vieux radiateurs pour ajuster la température dans chaque pièce depuis son smartphone. Elle détecte aussi la perte de température soudaine causée par une fenêtre ouverte. À l’heure de la douche, dans la smart city on ne prend plus de bains, le pommeau de douche Hydrao renseigne la consommation par Bluetooth et change de couleur au fur et à mesure de la douche pour signaler le litrage écoulé.

Enfin, le compteur d’eau intelligent CityTaps tient à l’œil sa consommation d’eau et permet de la prépayer depuis son smartphone. Ce dernier est plus axé vers les pays en voie de développement où l’eau courante reste encore un privilège, certainement là où la ville intelligente pourrait se développer plus rapidement dû à la nouveauté des infrastructures.

Au sens plus large de la ville, c’est l’open data qui construit les infrastructures intelligentes. La mise en place de smart grids permet de piloter les infrastructures de manière plus optimale. Le groupe Engie, pas une startup mais qui mérite tout de même une mention, a développé Livin’ pour mieux gérer les infrastructures grâce à la collecte de données. À l’écoute de l’environnement urbain, il adapte les éclairages en temps réel et module les cycles de feux tricolores au flux des véhicules. Il mesure également la qualité de l’air afin d’alerter les citadins quand la pollution est trop forte.

Non seulement la smart city sera moins énergivore, elle minimisera ses déchets. Actuellement, le français moyen produit 13,8 tonnes de déchets annuels. Nous avons évoqué le gaspillage alimentaire avec Too Good To Go, on peut aussi évoquer la solution de ne manger que ce dont on a besoin. Feed a créé un repas équilibré sous forme de poudre en bouteille à réhydrater, parfait pour les pressés. La réponse à un autre enjeu de la smart city, celui de nous faire gagner du temps. Trop tiré par les cheveux ? On ne vous en voudra pas si vous préférez rester au service assiette et couverts traditionnels, à condition de finir votre assiette ! Et de cultiver votre jardin, la smart city sera fertile. L’agriculture urbaine s’installe à même nos toits et nos murs, l’Arboricole fera pousser nos repas. Notre habitat tendra vers l’autosuffisance et à la réduction de la pollution ambiante. Par son choix de plantes dépolluantes, l’immeuble absorbe le dioxyde de carbone, jusqu’à cinquante tonnes annuelles.

Le bien-être, une notion intelligente


La ville de demain minimise les frictions, les pertes et le danger. Quant à ses habitants sont-ils de meilleurs citoyens, ou devront-ils être surveillés et notés comme en Chine ? Après tout, les chauffeurs peuvent déjà nous noter. Les plateformes participatives et collaboratives relancent les échanges entre habitants d’une ville ou d’un même quartier. Entourage vise à créer du lien avec les sans-abris, pour d’une part encourager monsieur tout le monde à plus de civisme et d’autre part parer à l’isolement social d’une vie dans la rue. United4Earth incite les citoyens au lobby pour le climat pour faire évoluer les lois vers de vrais changements. Elle lancera son outil numérique open source plus tard cette année, le peuple connecté s’exprimera !

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Quant à notre santé, la dernière licorne française en date, Doctolib, rend la prise de rendez-vous chez le médecin plus accessible. Son prochain cheval de bataille ? La téléconsultation, rendue possible par la loi française depuis septembre 2018. La médecine a très tôt accueilli les systèmes connectés et la captation de données. Implicity s’attaque aux problèmes cardiaques, pour ceux qui vivent avec des implants ou prothèses. Le système propose une surveillance grâce à une box dans le domicile de la personne et permet un suivi plus réactif des données, économisant de précieuses minutes dans l’éventualité d’un accident cardiaque. En somme, le défi de l’e-santé c’est la réduction de l’administratif et de l’opérationnel, pour valoriser l’humain et les compétences irremplaçables d’un médecin, soigner et sauver.

Parce que viser un esprit sain dans un corps sain, c’est très smart city, Petit Bambou tente de rendre plus zen et Yogaconnect, le studio de yoga dans notre smartphone, nous fait bouger. Plume Lab, parce qu’être plus smart c’est être renseigné, renseigne les meilleurs et les pires moments pour aller faire du vélo, faire du sport en plein air, sortir avec bébé ou boire un verre en terrasse. Avec toutes ces innovations, on peut trinquer à une longue vie dans la ville intelligente, mais pas chiante !

La smart city naîtra de la volonté de réparer et prévenir les erreurs humaines. L’hyperconnexion nous aide déjà à voir le monde autrement, à déjouer l’isolement dans les grandes villes. C’est toute une économie intelligente qui se met en place grâce à nos données. La communauté est réinventée avec intelligence et humanité, grâce à la prise de conscience des jeunes entrepreneurs. Une seule question reste, dans ce nouveau monde que se passera-t-il si on tire la prise ?

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.