Tic-Tac, Tic-Tac

L’adieu aux alarmes : pourquoi maîtriser nos horloges biologiques nous permettra (peut-être) de nous augmenter. C’est appâtés par le nom énigmatique de cette conférence lors de  laquelle intervenait Étienne Challet, chercheur au CNRS, que nous avons commencé notre enquête sur la médecine de demain au festival Futur.e.s. que vous trouverez par ailleurs sur le web sous le nom de « MedTech ». On parle souvent de l’horloge biologique de façon générale, sans vraiment y accorder plus d’importance. Et pourtant, depuis le haut de sa tour d’ivoire, elle gère nos cycles de veille/sommeil, ainsi que nos rythmes hormonaux. Mais ce général Big Ben a beaucoup de subalternes sous ses ordres. Chacune de nos cellules est un gousset, qui comporte sa propre horloge, et c’est grâce à ces dernières que notre corps fonctionne. Dès lors, la technologie est à même de venir à notre secours pour nous aider à écouter ce tic-tac salvateur.

Et c’est ce qu’a bien compris la start-up DREEM, dont le directeur scientifique Pierrick Arnal a participé à la conférence. On pourrait penser que son adage est « Bien dormir, c’est le début du bonheur ». Vous l’aurez compris, cette start-up qui vous veut du bien propose d’aller mieux par le biais du sommeil. Le concept repose sur le principe du bandeau de sommeil, qui allie à merveille style et technologie futuriste. Cette dernière se propose d’enregistrer votre activité cérébrale en se concentrant sur trois phases capitales, à savoir l’endormissement, le sommeil profond, et le réveil. Le bandeau fonctionne ensuite grâce à des impulsions sonores qui se diffusent à travers la boîte crânienne. Il peut être utilisé dans plusieurs cadres, pour régler différents problèmes (endormissement, profondeur du sommeil, réveil). Cela peut paraître anodin dit comme cela, mais le sommeil aujourd’hui peut faire l’objet d’un travail thérapeutique, appelé la chronothérapie, s’inscrivant dans les thérapies cognitives et comportementales. Car la problématique majeure derrière tout cela, c’est bien sûr le manque de sommeil aka l’insomnie, la maléfique, et les problèmes de santé qui en découlent. Le manque de sommeil peut être la cause de l’obésité, du diabète, des risques d’AVC ou de cancers. Bref, ce n’est pas un sujet à prendre à la légère.

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Et si vraiment vous n’arrivez pas à dormir la nuit, la startup de la MedTech Nap&Up, également présente au festival, vous propose de profiter de microsiestes au bureau, à quelques mètres de Nathalie de la compta. Il est désormais inscrit dans les mœurs qu’une sieste de 20 min est régénératrice. Mais pour beaucoup, il est complexe de s’endormir rapidement, ou d’arriver à se réveiller au bout de vingt minutes. Cette start-up a fabriqué de véritables cocons de sommeil, avec l’ambiance sonore et lumineuse qui vont avec, pour vous offrir les meilleures conditions de microsieste.

Génomique, bientôt l’homme clé USB ?

Maintenant que le sommeil n’est plus un problème, entamons un voyage fantastique au cœur du génome humain. Le génome, c’est tout ce qui nous compose, codé dans une suite de nucléotides (A.C.G.T, pour ceux qui ne se rappelleraient pas de leurs cours de SVT) autrement appelée acide désoxyribonucléique, ou ADN pour les intimes. Et ce génome, il nous aura fallu longtemps pour apprendre à le séquencer (« lire », pour les non-scientifiques), à savoir que le premier génome séquencé entièrement l’a été en trois ans, de 1998 à 2001.

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Aujourd’hui, nous sommes capables pour moins de 1000 $ de séquencer un génome en une petite dizaine de minutes. Et cette technologie est extrêmement bénéfique pour des sociétés telles que traaser, dont un des fondateurs, François Artiguenave, a participé à une conférence sur Les futurs du génome lors du festival. Cette entreprise de la MedTech propose des solutions informatiques pour la santé, à travers notamment le séquençage et l’analyse d’ADN, le data mining, et les intelligences artificielles. Leur objectif est de confronter le génome à tous les domaines scientifiques à travers des logiciels développés en partenariat avec des spécialistes en biotechnologies. Car, on peut diriger différents traitements grâce au génome et avec une analyse précise de ce dernier, et ainsi fabriquer des médicaments sur-mesure et personnalisé.

De l’autre côté de la table à cette même conférence, se trouvait Christine Peponnet, development group leader de la start-up DNA Script. Leur mission principale est la fabrication d’ADN synthétique, en accédant à une synthèse d’ADN plus rapide, moins coûteuse et de meilleure qualité. À termes (court, moyen ou long, c’est l’avancée technologique qui en décidera) DNA Script souhaite réutiliser la molécule d’ADN pour stocker et archiver des données. À titre indicatif, aujourd’hui, stocker un film de 700 Mo dans un génome humain nécessiterait 30 dodos et, en termes de tarif environ 30 millions d’euros. Nous pouvons donc devenir, en quelque sorte, de la matière à fabriquer des clés USB 5.0.

Le pouvoir des bactéries

Mais déjà certains scientifiques voient plus loin, ou plutôt plus petit. Ainsi, en 2017, des scientifiques d’Harvard sont parvenus à coder des images numériques dans une population de bactéries. Le mot « bactérie » n’est certes pas très glamour, mais celles-ci occupent une place extrêmement importante dans notre monde. Elles étaient là bien avant nous et le seront bien après. On en dénombre aux alentours de cent mille milliards dans notre corps, et il en existe plus de 500 variétés. Chaque bactérie est composée d’un génome dont la seule différence avec les cellules humaines est qu’elles n’ont pas de noyau (dans un verger, elles seraient considérées comme des fruits parthénocarpiques). Alors bien entendu, certaines sont mauvaises, mais beaucoup militent en faveur de notre bonne santé.

Et ce sont ces dernières qui vont être utilisées pour créer les antibiotiques de demain, les eligobiotiques. Derrière ce nom alambiqué se cachent des nano robots, cent fois plus petits qu’une bactérie qui se présentent sous forme de petits ciseaux appelés en toute simplicité « CRISPR Cas9 ». Cette technologie permet d’analyser en détail l’ADN des bactéries, afin de couper les parties néfastes pour n’en garder que le meilleur. Xavier Duportet avec une autre entreprise de la MedTech, Eligobio, a pour objectif d’utiliser ses ciseaux à l’horizon 2020. Mais comme toute avancée technologique, elle a son lot de détracteurs. James Clapper, ancien directeur du renseignement national des États-Unis l’a classée comme « arme de destruction massive ». Et bien sûr, comme souvent, la question éthique est soulevée. Si l’on constate que son nourrisson est atteint d’asthme, on le soignera, mais s’il est atteint de nanisme par exemple, doit-on le « soigner » ? De plus, avec l’avènement de la médecine prédictive, c’est tout le business modèle du monde médical qui sera bouleversé.

La technologie médicale s’améliore de jour en jour, allant du Chatbot qui opère un suivi médical jusqu’à des robots médecins imperceptibles pour l’œil humain. L’horizon médical est de plus en plus clément, et bientôt des maladies qui étaient mortelles il y a quelques années, se soigneront comme on soigne un rhume aujourd’hui (ou presque). La question qui reste en suspens est jusqu’où ira l’homme dans sa démarche.

 

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.