C’est toi l’amalgame

Voilà presque quarante ans que l’on entend parler du concept, porté par la Free Software Foundation de Richard Stallman. Dans le prolongement de la décennie précédente, fleurant bon les libertés de tous poils, les bases de l’open source reposent sur la multiplication de possibilités grâce à l’accès libre aux codes source de logiciels.

S’il est souvent confondu avec l’expression « logiciel libre », les puristes jugeront à juste titre la distinction d’importance capitale. Là où l’open source concerne simplement la technique : des codes sources peuvent être copiés, modifiés, ré-adaptés à toutes les sauces par n’importe qui. Le logiciel libre, plus philosophique et politique, repose sur des valeurs axées autour de la liberté des utilisateurs, l’utilisation éthique des informations, jusqu’à la reprise de contrôle de leurs données. Il demande donc une adhésion philosophique de la part des utilisateurs. Le développement de WordPress et leurs explications sur le sujet exemplifient bien la distinction entre liberté d’expression et liberté économique, offerte par la gratuité des ressources.

Courant 2018, le rachat de Github, la première plateforme de création de logiciel libre en ligne, réunissant 28 millions d’utilisateurs, par Microsoft, brouille les pistes entre codes privatisés et construction d’un web ouvert à tous. Le géant du numérique défend une posture business tout en convenant que la notion de logiciel libre a remporté la partie. En revanche, ne s’agirait-il pas ici d’open source ? Puisque jusqu’aux dernières nouvelles, Microsoft est toujours une entreprise centralisée et privée. Aux vues des sept milliards d’euros déboursés par Microsoft pour l’acquisition de Github, l’open source est un business model rentable pour la recherche et le développement.

Tous les chemins mènent à... une solution

La question se pose alors : pourquoi cet engouement de la part des petits et grands acteurs du numérique ? Tout simplement, notre monde hyperconnecté inclut des enjeux divers de la transition énergétique, la numérisation des marchés à la sécurisation des systèmes d’informations. L’innovation peut apporter des réponses à ces grandes questions ; pour cela la collaboration humaine et technologique ouverte est critique pour monter à une plus grande échelle.

En effet, la logique de l’open source se base en grande partie sur le développement collaboratif et la transparence. L’idée maîtresse étant de permettre l’exploration simultanée de plusieurs solutions, quelle que soit l’origine de l’information. Sont délimités la clarté des informations et les termes de la contribution de chacun à la création de valeur (économique ou sociale). Ainsi, le contributeur évolue au sein d’un écosystème d’acteurs décentralisé et en constante évolution. Le fonctionnement qui s’articule autour du partage souscrit à la notion d’un commun plus grand que soi. L’innovation peut alors commencer.

En acceptant que de nouvelles solutions puissent émerger de toute part, la mutualisation accélère la production. Aurions-nous trouvé une stratégie pour lutter contre les poids lourds étrangers capables de payer le prix fort de l’innovation ? Ainsi le time to market réduit présente un avantage compétitif non négligeable. Microsoft n’a pas tardé à s’en emparer, en rachetant Github et en mettant un code Linux d’internet des objets à disposition sur la plateforme. Pour la décentralisation et l’accès 100 % ouvert, on repassera.

Un commun numérique pour la souveraineté de tous

Lors du dernier Paris Open Source Summit, qui s’est tenu les 5 et 6 décembre à Paris, le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, déclarait souhaiter arriver à numériser la totalité des démarches publiques d’ici 2022. Chose possible d’après lui via un recours généralisé à l’open source.

Pierre Baudracco, président de l’Open Source Summit de Paris 2018, rejoint cette pensée suivant laquelle les systèmes ouverts pourraient faciliter la commande publique. Le plus gros frein, selon lui, est l’acculturation des utilisateurs. Pour y remédier, il affirme vouloir soutenir les démarches pédagogies dans ce sens, notamment en développant l’ergonomie et les usages de l’open source chez les non-experts.

L’autre utilité de l’open source est qu’il pourrait bien contribuer à l’émancipation des leaders américains et bientôt chinois. Car le format ouvert contient un tel volume de connaissances et de collaboration qu’il offre la capacité à gagner en rayonnement, et donc à réunir les connaissances vers une meilleure performance. En somme, une offre de belles perspectives pour se libérer de l’hégémonie des grands fournisseurs.

Ceci est possible, car contre toute attente, le format ouvert, vu comme instable et faillible par les non-initiés, pérennise les logiciels et assure leur sécurité. Comment ? En se basant sur une approche bienveillante et collaborative. Par exemple, les utilisateurs testent un logiciel ouvert sur divers cas d’usage pour en améliorer la performance, ceci pour que toute l’humanité connectée puisse en profiter.

« A certains égards, l’open source est un mouvement humaniste. Il considère que le logiciel est, à la manière de la connaissance scientifique, une forme de patrimoine de l’humanité, un bien commun que les développeurs enrichissent collectivement, pour le bien-être de tous, » Marine Pierrot Plenard, COO de Kicklox.

Le partage des savoirs via l’ouverture aide aussi les développeurs à monter en compétences, s’auto challenger et augmenter leur attractivité sur le marché du travail numérique. D’ailleurs, toute une génération de développeurs ne jure que par l’open source, demandez à la communauté Happy Dev !

L’open data comme réponse aux enjeux d’aujourd’hui

La possibilité d’accéder librement aux informations pourrait bien être la clé aux problématiques complexes qui divise et remet en question nos systèmes de pensée et d’opération actuels.

Fémininisme numérique

Lors du dernier Open Source Summit, Cécile Le Guen, Datactivist, Open Héroines & Caroline Corbal, Inno³, Open Héroines, ont mené une réflexion sur comment amener plus de diversité dans le numérique grâce à l’open source, une démarche inclusive et politique qui relève donc plutôt du logiciel libre. Elles ont révélé la dure réalité qui persiste même dans le domaine de l’open source : selon une étude Github les contributions aux projets open source des femmes avaient plus succès quand leur genre de transparaît pas dans leur pseudo. Parmi leurs suggestions : instaurer un cadre de confiance pour les femmes dans le numérique, coopter des femmes et faire remonter une responsabilité collective d’inclusion.

La transition écologique

Donner libre accès à des données peut augmenter l’impact d’un projet de transition écologique. On entend de plus en plus souvent parler de données écologiques, définies par la captation neutre d’informations et sans facteurs extérieurs ou antérieurs.

Des projets mêlant écologie et modèle informatique ouvert ont déjà vu le jour en France. La ville de Rennes a lancé en février dernier un service public de la data autour de l’énergie, l’eau, la mobilité et les données socio-démographiques. L’initiative se base sur les informations fournies par huit partenaires issus de la société civile, des entreprises et les institutions publiques. D’autres projets s’attaquent à des effets concrets du réchauffement climatique, comme la start-up montpelliéraine Fruition Sciences qui surveille les besoins en eau des vignobles pour préserver notre patrimoine viticole. Ou encore Open solar map qui grâce à la coproduction d’informations avec les utilisateurs, qualifie l’exposition des toits et leur potentiel pour y poser des panneaux solaires.

Ici on voit le potentiel de l’open data. Des données librement accessibles à tous rendent compte de l’urgence de faire évoluer certains usages comme la consommation des ressources naturelles au sein d’un périmètre précis. La contribution ouverte de citoyens pourra alors viser des objectifs précis, car pas besoin de coder pour repenser ses habitudes. Il n’y a pas de doute que la mise à disposition publique de la donnée facilite le passage à l’échelle des démarches écologiques, des milliers de petits pas en faveur de la préservation des biens communs.

 

Faut-il repenser la connectivité et le rôle de chaque utilisateur ? Certainement, face aux dangers des bulles cognitives sur les réseaux sociaux aux algorithmes hermétiques. Car il n’est plus un secret aujourd’hui que la moitié des Français s’informent sur Facebook. Mastodon a proposé une solution alternative qui malheureusement peine à percer dans la masse des utilisateurs des réseaux privatisés. Si la cyberguerre est pour bientôt, l’open source pourrait-il la désamorcer en mettant tout le monde

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !