Régulation et trafic, un pas en avant pour la blockchain

Ces dernières années ont permis à notre pays de rattraper son retard et de se mettre à jour sur la technologie blockchain. L’adoption définitive de la loi PACTE prononcée le 11 avril dernier apporte de bonnes nouvelles aux acteurs français. Le tant attendu visa de l’AMF — l’Autorité des Marchés Financiers — permet aux entreprises souhaitant réaliser des ICOs (entrées en bourse) d’être en règle pour réaliser cette levée de fond. Un point crucial dans ce cadre réglementaire, c’est la garantie d’un accès à un compte bancaire. Sur ce point, la France devance les États-Unis.

Si le gouvernement et les institutions françaises ont mis autant de temps à se décider à évoluer dans le sens de la blockchain, c’est entre autres à cause de l’extrême volatilité des actifs crypto et de leur manque de régulations internationales. Il ne faut pas se leurrer, encore aujourd’hui ce type d’investissements est à très haut risque. De plus, les institutions ont encore besoin d’assurances afin de ne pas faire de choix inconsidérés lors d’investissements. C’est pourquoi elles ont exprimé le besoin d’accompagnement et d’éducation sur ces sujets. Rôle que des entreprises comme Blockchain Partner, dont la réputation n’est plus à faire, peuvent tenir. Autant dire que la blockchain a fait un pas en avant, salué lors du Paris Blockchain Summit qui s’est tenu en avril 2019.

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Blockchain, la menace quantique

La blockchain présage monts et merveilles. Cependant, comme toute belle allégorie, là où le bien existe, le mal persiste. L’avènement de l’ordinateur quantique est un danger qui guette, tout comme toutes les institutions reposant sur le numérique, comme l’évoquait David Chaum, figure mondiale de la cryptographie et inventeur du digital cash dans les années 90, lors de l’évènement parisien. Le seul moyen de s’en protéger est de développer des algorithmes quantiquement résistant. Selon lui, si la NSA, la CIA ou tout autre organisme parvenait à développer un système quantique réellement fonctionnel et qu’ils veulent détruire les cryptomonnaies, ils seront en mesure de le faire. Un gros hic pour la blockchain qui tente de se faire une place de roi dans l’économie numérique actuelle.

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La question se pose : à quel point cette menace est-elle proche ? Est-ce une réalité qui existe déjà, qui adviendra demain, dans les années qui viennent ou bien s’agit-il encore de science-fiction ? Ludovic Perret, professeur associé à la Sorbonne, spécialisé en cryptographie post-quantique et cofondateur de CryptoNext, annonce la couleur sans détour : « L’ordinateur quantique est la promesse d’une incroyable puissance de calcul qui amène un véritable changement de paradigme, qui va faire que quelque chose qui est impossible aujourd’hui devienne possible, en particulier au regard de la sécurité. Donc ce n’est pas de la science-fiction. La puissance de l’ordinateur quantique est actuellement limitée, mais elle augmente exponentiellement depuis 3 ans et beaucoup de gens pensent que d’ici 10 à 15 ans, nous aurons un ordinateur quantique qui sera capable de casser une clef publique cryptographique ».

Le réveil de la blockchain

Jin Liu, président de la fondation ABC Mint qui a pour objectif de développer des algorithmes quantiquement résistant sur la blockchain, partageait également son opinion sur le sujet lors du Paris Blockchain Summit 2019 : « ABC Mint travaille sur une refonte du Bitcoin, la raison est vraiment fondamentale : sa signature est une courbe elliptique qui peut être cassée quantiquement. C’est la raison pour laquelle doit être remplacée par un algorithme quantiquement résistant. C’est pourquoi le gouvernement américain est en train de créer des standards de l’ordinateur quantique, signature, application d’échanges et bien d’autres et il sera prêt dans les 3 prochaines années. »

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Une chose est certaine, il va falloir rester particulièrement vigilant quant à l’avancée des recherches et découvertes dans le domaine de la cryptographie quantique, ainsi que dans celui d’un ordinateur quantique. Le premier à prendre la main sur cette technologie risque d’être le seul si les protections ne sont pas en place suffisamment tôt. Rien n’est encore joué, les acteurs d’aujourd’hui et de demain ont encore du temps, à condition de ne pas traîner.

C’est en tout cas l’intention de Cédric O, secrétaire d’État chargé du numérique, présent lors du PBS 2019, et qui clôturait l’événement en mettant en avant la volonté de la France de faire venir des talents du monde entier et d’être le premier pays du G20 à créer un environnement business-friendly : « Notre priorité est de construire un écosystème français. (..) Nous n’avons pas d’acteur aussi important qu’en Chine par exemple, mais en tant qu’écosystème avec une régulation financière, nous ne sommes pas en retard. Les entreprises seront attirées par le fait que nous développons dans la transparence, la clarté et la visibilité. »

 

La technologie blockchain semble mise en péril par l’arrivée annoncée de l’ordinateur quantique, qui pourrait mettre à mal les idéaux jusqu’ici proposés. Le ton est ainsi donné, et la blockchain a encore bien des défis à relever avant d’être cette solution technologique rêvée. Affaire à suivre.

On s’en parle ensemble le 18 juin à Marseille, si cela vous tente.

 

Aleksander Brogowski
Aleksander Brogowski
Scribe développeur
Débordant d'énergie, je pars régulièrement en exploration dans la multiplicité des mondes. De la rencontre humaine aux sciences dures, une beauté insoupçonnée s'y cache. La comprendre, l'apprendre et vous dévoiler son secret en vulgarisant son accessibilité anime mes sens de joie.