Le sommeil, le nerf de la guerre

Après tout, le corps et l’esprit fonctionnent de façon similaire à un ordinateur. Si vous ne l’éteignez pas à un moment, il a du mal à fonctionner et même les tâches les plus simples deviendront difficiles. Pendant que nous dormons, le cerveau met de l’ordre, se débarrasse de ce qui est inutile, crée des liens entre des sujets connexes. Une véritable machinerie s’affaire ici. Ce n’est pas pour rien que le sommeil revient au centre des débats. Certains préconisent un sommeil de qualité et plus long tandis que d’autres cherchent à gagner des heures d’éveil pour charger davantage leur emploi du temps. Entre les couche-tard et les lève-tôt, la guerre est déclarée.

Parmi la webosphère et les entrepreneurs à succès, on prône par exemple les vertus d’un réveil très matinal. Le miracle morning a fait des émules. Et ce n’est pas Obama qui a dérogé à ce rythme. Le miracle morning, c’est l’idée que l’on peut accomplir plus de choses en se levant plus tôt, et ce, avant de commencer le reste de la journée : son travail, amener ses enfants à l’école, etc. C’est une véritable autodiscipline dont certains ont fait leur pain quotidien. Le réveil ultra matinal se présente comme l’occasion de profiter de la fraîcheur de la journée et de son cerveau pour effectuer les tâches les plus complexes. Ainsi la tranquillité d’esprit et la sensation d’avoir accompli une tâche importante à même pas la moitié de la journée offrirait une grande satisfaction et permettrait une efficacité non négligeable. Alors certes du temps en plus pour soi et ses projets personnels, c’est du pain bénit, mais faut-il le faire au prix de son sommeil ?

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Tandis que certains prônent les vertus d’une nuit courte, d’autres se plaignent de se sentir fatigués, et ce parfois constamment. Ne prenons pas à la légère certaines fatigues qui peuvent mener au surmenage, au burn-out ou encore à la fatigue chronique, ce mal sous-évalué. Comme tentent de l’expliquer certains experts, le sommeil n’est pas une option, c’est une priorité. « The general public needs to know that sleep is important, has a purpose and we should all make it a priority » nous explique Charles Samuels, médecin et directeur du centre médical du sommeil et de la performance humaine de Calgary, au Canada. (« L’opinion publique doit savoir que le sommeil est important, a une fonction et que nous devrions tous en faire une priorité »)

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Si le miracle morning offre une routine matinale, d’autres experts suggèrent une routine « pré-sommeil ». «  Il faut apprendre à respecter son besoin de sommeil, car le cerveau et l’organisme y effectuent un travail essentiel.  Pour que cette tâche soit réalisée correctement, il est nécessaire de se ménager un espace et un temps “préservé” du monde extérieur », confie Joëlle Adrien, docteure et présidente de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance  Il s’agit donc d’établir un rituel pour se préparer au sommeil. Eh oui ! Comme pour les enfants ! L’être humain est un être d’habitude et il tient à certains de ses rituels. Il peut s’agir de lire. Attention préférez un livre ou une liseuse pour éviter les écrans bleus des smartphones et autres tablettes qui favorisent l’éveil et non l’endormissement. Cela peut être une séance d’étirement de yoga. Se poser tranquillement, écouter de la musique, méditer, prendre une douche chaude. Tout ce qui vous détend et vous prépare physiquement et mentalement au sommeil. Cependant certains restent sceptiques face à des solutions si « simples », la technologie offre alors un éventail de solutions alternatives souvent attractives.

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Vos paupières sont lourdes

C’est l’heure d’aller au lit ! Comment ça ? Vous n’êtes pas fatigué ? Vous n’avez pas envie d’aller vous coucher ? Certes, exploser votre score à Card Thief ou regarder la dernière série que vous suggère Netflix est tentant. Cependant vous vous faites violence, décidé à vous endormir de bonne heure ce soir. Mais voilà, la lumière éteinte, rien n’y fait ! Dans la pénombre, vous fixez le plafond en nuances de gris. À défaut de compter les moutons, vous comptez les nuances 50. Ça vous fait une belle jambe ! Une heure et demie plus tard, le plafond est toujours si peu inspirant et le sommeil aux abonnés absents. Pas de Nounours ou de Marchand de sable à l’horizon. Alors, pourquoi pas se faire assister dans cette poursuite du sommeil ? On connaissait déjà les sleep tracker, permettant d’enregistrer les données de sommeil ou encore la luminothérapie pour favoriser le sommeil ou le réveil que ce soit à l’aide de lumière bleue ou de lumière rouge. Voici maintenant la SleepTech. Avec des horaires de sommeil toujours plus réduits, nous avons ouvert la voie au Morphée 3.0 et ses accessoires mystiques.

 

Dreem

Avec Dreem, on nous promet « les méthodes les plus efficaces, du biofeedback à la neuromodulation, pour améliorer votre sommeil au quotidien. » Dreem, c’est quoi ? Un bandeau qu’on vous met sur les yeux. Rien d’affriolant ici, on cherche plutôt à vous endormir, pas à vous stimuler ! Dreem fournit des datas sur votre sommeil (cycles longs et courts, durée des cycles, etc.) vous permettant de l’analyser. Mais ce n’est pas tout, il s’en sert pour vous proposer des exercices de respirations, des sons apaisants, comme le bruit rose. Le bruit rose est « une évolution du bruit blanc vers quelque chose de plus structuré. C’est le bruit de la pluie qui tombe ou de l’eau qui dévale un torrent. C’est un bruit un peu plus humain que le neutre absolu du bruit blanc. » Mais Dreem vous vend littéralement du rêve, puisqu’il va jusqu’à apaiser les « overthinkers » (ceux qui pensent trop) en proposant des séries de mots empêchant de ruminer ses pensées et de les passer en boucle ! Et ce n’est pas fini, il vous accompagne de façon « sonore » tout au long de votre sommeil pour favoriser celui-ci et termine en vous réveillant, évidemment. Un service tout compris en somme !

 

Nightingale

Sur un terrain tout aussi sonore, Nightingale propose de gérer l’ambiance sonore de votre chambre. Ce sont deux sortes d’enceintes disposées de part et d’autre de votre lit. Elles peuvent diffuser un bruit blanc pour favoriser l’endormissement ou aussi s’adapter à l’environnement sonore extérieur (bruits de voitures, sirènes, restaurant en bas de chez soi) ou intérieur (acouphènes) en le masquant. Ces « couvertures sonores » sont alors de véritables doudous vous aidant à trouver le sommeil.

 

Moona

Moona vous décroche la lune ou presque avec son projet d’oreiller thermorégulé. Ce moelleux édredon qui souffle le chaud et le froid se base sur des recherches scientifiques et l’importance de la température du corps et surtout de notre tête pendant le repos. Ce sur-oreiller à mémoire de forme est également connecté et recueille comme la plupart de ses pairs de la SleepTech des données polysomnographiques. La sortie est prévue pour la fin de l’année. On a hâte de pouvoir poser notre tête dessus !

 

Dreamware

Parmi les troubles du sommeil, l’apnée du sommeil est un problème complexe à enrayer, mais chez Philipps, ils se sont tout de même attelés à la tâche. C’est 4 % de la population française qui est touchée par ce problème. Avec son casque nasal, DreamWare offre différentes solutions de la plus légère à la plus complète. Le casque permet de redistribuer l’air ambiant par une légère pression, il évite ainsi le manque d’oxygène et améliore la qualité du sommeil.

sommeil

Le sommeil un mécanisme indomptable ?

Si vous pensez que l’on perd son temps à dormir, revoyez votre copie. “Unfortunately, sleep is generally considered a time-wasting duty by many.” Comme le confie l’expert en sommeil, le Dr. Parrino : « malheureusement, le sommeil est souvent considéré comme une nécessité qui fait perdre du temps ». Le sommeil est considéré certes comme nécessaire, mais rarement à sa juste valeur. Personne ne semble s’accorder vraiment sur le minimum vital de sommeil nécessaire et sur son importance. On part du principe que notre sommeil s’adapte à notre rythme et non pas l’inverse. Or, le nœud du problème se trouve ici. Notre corps décide-t-il de notre rythme ou est-ce nous qui décidons du rythme de notre corps ? S’il y a des couche-tôt et des couche-tard ne serait-ce pas parce que nous avons une prédisposition à un certain rythme « naturel » ?

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Le sommeil fait partie d’un système complexe de mécanisme d’horlogerie qu’on appelle communément horloge interne, et moins communément cycle circadien. Cette horloge interne est elle-même composée de plusieurs horloges formant un réseau les reliant entre elles. Le cycle circadien permet au corps d’avoir un rythme sur une journée calée sur l’opposition du jour et de la nuit. Mais il ne faut pas sous-estimer les effets d’un dérèglement de ce cycle, car il a un rôle primordial dans beaucoup de fonctions : cognitives, réparatrices, alimentaires, etc. L’étude de ces horloges s’appelle la chronobiologie, c’est l’étude des rythmes biologiques en somme. Une discipline encore peu reconnue par ses pairs et qui a reçu un prix Nobel de médecine l’an passé pour ses découvertes sur les «  mécanismes moléculaires qui contrôlent le rythme circadien ». Comme les sciences cognitives, c’est une science qui a encore beaucoup à explorer et qui continue de faire régulièrement des découvertes. Les personnes travaillant de nuit ont souvent des problèmes de qualité du sommeil parce qu’elles vont à l’encontre de leur rythme naturel biologique. Une étude a démontré que l’horloge biologique de moins de 50 % des travailleurs de nuit était bien synchronisée avec ce mode de vie. Parallèlement, la découverte du gène Period comme gène d’horloge semble démontrer la large sphère d’influence du cycle circadien : « certains troubles dépressifs, des addictions, la physiologie cardiaque, ou encore l’apparition de cancers ». Le sommeil a donc un rôle clé qu’il faut respecter.

Il est vrai que les IoT et autres appareils portables « wearable » peuvent permettre de retrouver le sommeil. Par exemple, les appareils générateurs de bruits blancs comme Dreem ou Nightingale offre une « couverture sonore » permettant de masquer les bruits annexes parasites qui perturberaient le sommeil. Clete Kushida, directeur du Centre du sommeil chez l’Homme à Stanford confirme cette idée : « a masking effect, blocking out those sudden changes that frustrate light sleepers, or people trying to fall asleep. » (« un effet masquant, qui bloque tous ces soudains changements qui perturbent ceux qui ont le sommeil léger et du mal à s’endormir »). Les IoT peuvent donc offrir une bonne solution. Il convient cependant de faire attention à leur usage. Tout est question de modération. La HealthTech et ces « crackers » de performance poussent certains à devenir des « overachiever », à aller toujours plus loin et parfois trop. La SleepTech ne fait pas exception et certains parlent d’orthosomnie. La volonté d’un sommeil de qualité peut virer à l’obsession. Alors attention à ne pas devenir « control freak » de son sommeil sous peine de s’y brûler les ailes.

 

C’est l’heure d’aller au lit ! Si nous n’irons pas jusqu’à vous dire d’hiberner avec d’autres animaux durant l’hiver ou de migrer vers des contrées aux températures plus douces, il faut avoir l’humilité de se dire que d’un, notre corps sait certaines choses mieux que notre tête, et de deux qu’il faut savoir l’écouter et mettre son orgueil et ses objectifs surhumains de coté. La SleepTech a de belles nuits devant elle, mais gare à ne pas cacher des maux plus profonds avec des « gadgets. »

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED