Plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre sont issues du secteur industriel. Lors de mes voyages en voiture, il m’arrive de regarder d’un œil inquiet les nuages de fumée qui s’échappent des énormes cheminées des usines. Une triste vision qui image pourtant bien leur impact sur l’écologie et l’évolution du climat. Alors, quand de jeunes entreprises se distinguent par des innovations qui pourraient renverser la tendance, il y a de quoi se réjouir ! Reste à savoir si elles permettront à la planète de retrouver un équilibre, en attendant que tous prennent conscience de leur rôle à jouer dans ce combat.

Et si on pouvait… stocker le carbone directement après sa sortie en usine ?

Travaillant d’arrache-pied depuis 2007, les scientifiques islandais ont réussi à mettre au point un système de minéralisation du dioxyde de carbone. Une technique qui ne passe pas inaperçue au sein de la communauté de spécialistes, car elle permet d’accélérer drastiquement un processus d’origine naturelle. Particulièrement long, ce phénomène s’effectuant au bout de plusieurs millénaires a été réalisé en seulement 2 ans. Un véritable exploit visant à réduire les émissions de CO2 consécutives à l’activité humaine. Appelé CarbFix, l’opération consiste à capter le dioxyde de carbone lorsqu’il est dégagé par les usines afin de le stocker dans une roche très poreuse, plus précisément le basalte. Un processus de solidification du gaz qui est mené à proximité de Reykjavik dans le massif volcanique de Hengill. Une piste plus que sérieuse pour empêcher le CO2 de ravager notre atmosphère et provoquer de si dramatiques conséquences pour notre monde.

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Ce n’est pas pour rien si le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) vante lui-même les intérêts d’un stockage du CO2 dans les sous-sols terrestres. Il juge cette option pérenne pour obtenir un réchauffement climatique qui ne dépasserait pas les 1,5°C d’ici la fin du siècle. La solution conjointe des ingénieurs de Reykjavic Energy, d’universitaires et des chercheurs du CNRS semble très prometteuse. Pour effectuer leurs tests, le gaz est guidé par le biais de canalisations depuis une centrale géothermique (et éventuellement de futures usines) jusqu’à destination. Il est ensuite dissous dans de l’eau avant d’être injecté dans du basalte à plus d’un kilomètre de profondeur. La présence de calcium, de magnésium et de fer contenue dans cette roche poreuse provoque une réaction chimique qui contribue à la pétrification du CO2.

Nécessitant une quantité d’eau considérable, le CarbFix n’a pas que des bons côtés. Cependant, il peut déjà réduire les rejets de gaz carbonique d’une centrale géothermique à hauteur de 30 %. Un premier pas encourageant dont on attend beaucoup dans les années à venir.

Et si on pouvait… récupérer le CO2 directement depuis l’atmosphère ?

Fondée en 2009, l’entreprise canadienne Carbon Engineering a lancé le pari fou de capter le gaz carbonique dans l’air, de le purifier et de le stocker sous forme de pastilles. Vous vous dites : « mais bien sûr et quand les poules auront… » Eh bien, ne finissez pas cette phrase, car il ne s’agit plus d’une utopie, mais d’un système qui fonctionne.

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À l’origine du projet, on retrouve David Keith, fondateur de la société et ancien climatologue de l’université de Harvard. Il a inventé un processus qui permet d’aspirer le CO2 présent dans l’air au travers d’une pléthore de ventilateurs, puis à le soumettre à une solution chimique dans le but de le regrouper. Une fois cette opération réussie, le mélange de carbonate obtenu est traité avec de l’hydroxyde de calcium afin de lui donner une consistance solide sous forme de petites pastilles. Une fois soumis à température élevée, il est possible de stocker le CO2 pur sous terre ou de le combiner avec de l’hydrogène pour obtenir un carburant liquide. Il s’agit de la fabrication d’un combustible qui, en plus de retirer du gaz de l’atmosphère, produit une énergie sans la moindre émission néfaste.

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Niveau chiffre, Carbon Engineering ne démérite pas. Son processus d’extraction du CO2 dans l’air est estimé à moins de 100 dollars la tonne, soit bien moins cher que ses rares concurrents. Suite au succès de son unité pilote, l’entreprise prévoit la réalisation d’une centrale capable de capter un million de tonnes de gaz par an, soit l’équivalent de l’émission annuelle de 250 000 voitures ou du pouvoir bénéfique d’une forêt de 40 millions d’arbres. De quoi voir le monde avec un espoir renouvelé !

C’est d’ailleurs le cas de Bill Gates, défenseur engagé de l’environnement, qui apporte son appui inconditionnel à la société canadienne. Il a été le pilote à l’origine d’un financement de 60 millions d’euros en mars 2019, avec pour but la construction des premières usines d’extraction. Il faut tout de même préciser que nombre des investisseurs font partie de l’industrie des combustibles fossiles. Des acteurs pour lesquels le CO2 dans le sol peut permettre de maximiser l’extraction des champs pétrolifères. Quoi qu’il en soit, Carbon Engineering et sa technologie prête à l’emploi se montrent ouverts aux propositions des gouvernements afin d’œuvrer positivement à la baisse du réchauffement climatique. Affaire à suivre dans les années à venir…

Avec ces nouvelles solutions à portée de main, la lutte contre les émissions de carbone se poursuit et voit un avenir plus radieux se profiler. Reste encore à voir si elles seront largement plébiscitées ou si elles resteront réservées à certaines industries. Dans tous les cas, une véritable volonté d’y remédier s’impose d’année en année. Et il était temps, car le temps presse.

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.