Imaginez une seconde votre vie sans la faculté de voir. Un simple déplacement de quelques secondes les yeux bandés dans l’environnement connu de mon salon et je suis perdu ! Alors, qu’en est-il de prendre les transports ou d’aller chercher le pain ? C’est pourtant la routine de plus d’un million d’aveugles et malvoyants en France. Un quotidien qu’on a du mal concevoir, tant il représente d’obstacles. Avec un proche victime d’une dégénérescence maculaire avancée, je suis pour le moins attentif au progrès de la science et aux applications pouvant lui faciliter la vie. Et la technologie promet de belles avancées en la matière pour permettre aux concernés de gagner considérablement en autonomie.

Des solutions pour améliorer le quotidien

La difficulté numéro un des non-voyants réside dans la capacité d’orientation. Percevoir ce qui vous entoure devient indispensable pour se rendre d’un point A à un point B. Pour les épauler dans cette optique, les incontournables Microsoft et Google ont mis au point des applications smartphone pour décrire leur environnement. Le programme Seeing AI du premier permet, suite à la prise de photos, d’apporter des informations sur les objets et les personnes à l’écran par le biais des oreillettes. Il est également capable de lire le menu d’un restaurant, une liste de course ou autres indications. La prochaine association avec des lunettes intelligentes risque de rendre le système bien plus efficace et pratique.

De son côté Google a développé une application similaire nommée Lookout, invitant l’utilisateur à porter son smartphone avec un cordon autour du cou. Différents modes selon le type d’environnement sont à disposition pour apporter les renseignements les plus justes possible. Il peut également servir de scanner pour lire un texte. Un premier pas destiné à de nombreuses améliorations pour épauler les quelques 250 millions de personnes aveugles ou malvoyantes dans le monde.

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De nos jours, tout le monde ne jure plus que par les tablettes et les écrans. Une activité qui paraissait inaccessible aux non-voyants jusqu’à la mise au point de l’InsidOne de la société française InsideVision. Première tablette tactile en braille au monde, elle dispose d’un afficheur en braille et de marquage physiques creusés sur l’écran permettant ainsi d’accéder aux réseaux sociaux, aux recherches internet et au traitement de texte. La particularité de la tablette InsidOne est un fonctionnement dédié aussi bien aux voyants qu’aux non-voyants, limitant ainsi l’écart dans le quotidien de chaque membre de la famille.

Dans la lignée des objets qui simplifient la vie, la bague « Finger Reader » se distingue par son côté pratique. Équipée d’une micro caméra haute définition et d’un logiciel d’analyse, elle va traduire les informations à l’écran à voix haute. Un véritable coup de pouce pour lire les indications au dos d’un produit, une addition au restaurant ou tout simplement un livre tranquillement installé depuis votre canapé.

Des lunettes qui en mettent plein les yeux 

Nous étions nombreux à nous poser des questions sur la véritable utilité des millions de lunettes connectées qui ont envahi le marché ces dernières années. Et bien la voilà ! À commencer par les lunettes eSight et leur système de loupes électroniques semblables à la technologie des casques de réalité virtuelle. Elles offrent aux malvoyants la possibilité de grossir l’image jusqu’à 24 fois, d’améliorer les contrastes et la luminosité à l’aide d’une petite télécommande. Avec sa rapidité d’exécution, les eSight offrent un gain considérable en confort de vie pour toutes les personnes à la vision fortement diminuée. Terminé les soirées le nez collé à l’écran de 150 cm pour suivre le film. Une fois branchées sur la télévision, les lunettes eSight permettent de rester tranquillement installé aux côtés de sa moitié. J’en connais plus d’un à qui cela va faire plaisir !

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Le japon n’est pas le dernier en la matière avec le travail de l’entreprise QD Laser et de l’Université de Tokyo pour tenter de pallier le problème de la baisse de l’acuité visuelle. Ils ont développé des lunettes équipées d’une caméra capable de projeter les images directement sur la rétine des utilisateurs à l’aide d’un laser. Elles améliorent le rendu au passage, permettant de visualiser ce qui vous entoure de manière bien plus nette. Pour le moment, cela ne fonctionne que pour les personnes avec des troubles liés aux parties externes de l’œil comme la pupille et la cornée.

Quand innovation frise avec science-fiction 

Lee Majors ne sera bientôt plus le seul homme bionique. Bien qu’on ne parle pas ici de 3 milliards, mais de tout de même 100 000 euros, l’œil bionique est pour bientôt. Un implant placé au niveau de la rétine va permettre de stimuler les neurones et les photorécepteurs qui rendent cette dernière sensible à la lumière. Pour le moment, les avancées se limitent à distinguer des formes de noir et de blanc, mais il s’agit déjà d’un pas considérable pour un aveugle. De quoi lire des mots simples et localiser des obstacles. Il s’agit également d’un véritable espoir pour les victimes de rétinopathie pigmentaire et de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Aucun doute que les années à venir nous réservent de nouveaux progrès à couper le souffle.

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La génétique offre aussi son lot de promesses avec… des algues. On ne s’y attendait pas, et pourtant. L’INSERM travaille actuellement sur la faculté des algues à suivre la lumière grâce à un gène particulier. Un gène qui lui aussi permettrait de resensibiliser les neurones de la rétine à la lumière et réintroduire l’activité électrique pour transmettre les informations au cerveau. Un travail de longue haleine qui, on l’espère, portera ses fruits et changera la vie de millions d’aveugles et malvoyants.

 

Qu’on soit touché de près ou de loin par les difficultés de la cécité, on ne peut que les imaginer au quotidien et souhaiter que la science progresse. Il n’y a pas de petite innovation en la matière et les sociétés rivalisent d’ingéniosité pour améliorer la vie des personnes aveugles ou victimes de baisses importantes de la vue. Allez savoir ce que le futur nous réserve ? D’ici quelques décennies, trouverons-nous peut-être un remède permanent au problème.

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.