Transhuma-quoi ?

On doit le terme « transhumanisme » à Julian Huxley, biologiste britannique du XXe siècle, théoricien de l’eugénisme, premier directeur de l’UNESCO et fondateur de WWF, rien que ça. À l’origine de la pure science-fiction dans les années 30, le transhumanisme est devenu un courant de pensée culturel et intellectuel qui prône l’amélioration des facultés mentales, physiques, ainsi que l’augmentation sensible de l’espérance de vie. Au sein même de cette dernière, on voit émerger des divergences entre les spécialistes. Allant de l’humaniste pour qui l’unique utilité d’un tel procédé repose sur le fait de soigner des gens, jusqu’à des apprentis Tony Stark qui veulent transposer la fiction dans la réalité, en mieux.

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Le but premier des recherches actuelles en la matière est bien entendu de faire progresser la médecine, discipline en évolution constante qui pourrait atteindre sa forme « finale » d’ici quelques années. Alzheimer, Parkinson et l’épilepsie sont les maladies qui figurent dans le top de la liste des médecins-transhumanistes. Mais à terme, les objectifs seront encore plus ambitieux, ces docteurs souhaitant soigner le cancer, les tumeurs, le sida, Ebola, nettoyer le cholestérol et bien d’autres maladies encore. Des travaux tels que ceux de Theodore Berger ont déjà montré des éléments prometteurs. Il a réussi à fabriquer un implant imitant l’activité électrique de l’hippocampe. Pour aller plus loin, plusieurs scientifiques se sont penchés sur l’idée controversée de modifier génétiquement des poumons de porc pour qu’ils soient compatibles à l’humain. Avant de rallonger la vie, il faut la réparer, oui, « réparer », car finalement, à terme, on ne parlera plus de soigner, mais de réparer un corps, à l’image d’une voiture dont les bougies d’allumage seraient endommagées. Des solutions « à la source » sont déjà envisagées, voire réalisées.

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Dans un cadre uniquement médical, on parle de « bébés médicaments » qui ont déjà vu le jour, en France notamment. Dans un cadre légèrement plus « SCI-fi », on voit un intérêt grandissant pour les bébés sur-mesure que l’on peut voir sous deux facettes. À la fois vous êtes assuré d’avoir un enfant en bonne santé, mais en même temps vous êtes exposé à des problématiques sur le plan éthique. En effet, les critiques concernant ce procédé sont considérables. Si l’on façonne nos bébés comme on se crée un sandwich Subway, quelle place est laissée au naturel ? Et si votre enfant ne vous ressemble plus en rien ?

 

There will be trouble

Pour fabriquer le Robocop de demain, il faut des idées, mais surtout des moyens. Dès que l’on parle de technologie (ou d’un tout autre sujet à vrai dire) aujourd’hui, que nous vient-il directement en tête ? Bien entendu des géants comme IBM, Google ou encore Facebook. Il est donc naturel que ces obsédés du futur aient investi dans ce courant. Présentant bien sûr cet investissement comme un apport médical, ils souhaitent tous aller bien plus loin, avec pour objectif de retarder, puis tuer la mort. Chez Google, on parle d’une prophétie selon laquelle les intelligences artificielles nous dépasseront en 2029, ou plutôt non, en 2045, bref, dans pas si longtemps que ça. C’est en ce sens que votre meilleur ami du net a créé la société Calico et investi dans la Singularity University de Ray Kurzweil, cette dernière hébergée par la NASA. Si vous voulez participer à cette révolution, munissez-vous de votre plus beau carnet de chèques, une formation de neuf jours coûte 11 700 € dans cette université. Si cependant vous n’avez pas ces moyens, ou que vous préférez regarder cette transition de loin, sans vous salir les mains, pourquoi ne pas suivre les travaux du généticien George Church ? Installez-vous bien confortablement dans votre fauteuil, voici ses principaux projets : ramener l’homme de Neandertal à la vie, peupler certains recoins de Sibérie avec des mammouths-éléphants résistants au froid et bien sûr créer un humain résistant aux virus. Ambitieux certes, mais à y regarder de plus près, et au vu des prouesses déjà accomplies, on a envie de dire « pourquoi pas ? ».

Sarah Connor ?

Regardons du côté des Robins des bois du transhumanisme. Le projet e-nable, crée en 2013, permet aux gens qui possèdent des imprimantes 3D d’imprimer des prothèses pour des particuliers, à un prix défiant donc toute concurrence. Présent dans le monde entier, il l’est également en France en 2015, et constitue un réel bénéfice pour les gens qui ont besoin d’une prothèse sans avoir les moyens de s’en procurer une. Alors certes, ces prothèses ne vous permettront peut-être pas de jouer du lasso à la John Wayne, mais patience, nous y venons.

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Et nous y venons avec l’histoire de Nigel Ackland. Le transhumanisme appliqué au domaine de la santé n’est pas que modifications génétiques et autres implants cérébraux. En effet, Nigel, qui a été blessé dans un accident de travail a pu bénéficier d’une main bionique, preuve que Star Wars n’était finalement pas tant de la science-fiction… (à quand les sabres lasers ?) Il appuie sur l’importance du regard des gens, il était équipé à l’origine d’une pince robot qu’il ne pouvait pas contrôler, à l’image d’un capitaine Crochet des temps modernes (mais sans crocodile). Après la pose de sa nouvelle prothèse futuriste, il déclare : « Je ne suis plus un handicapé si je peux contrôler cette main bionique ». Pour lui, il n’est en rien un humain augmenté puisqu’il ne peut rien faire de plus que ce qu’il pouvait avant, il se considère simplement comme un homme soigné.

Transhumanisme technologie

Par SalganikEA, from Wikimedia Commons

Dans un autre registre, on retrouve Neil Harbisson, véritable petit génie à l’origine du « eyeborg ». Né incapable de discerner les couleurs, il a évolué dans un monde de nuances de gris jusqu’en 2003. Entouré de chercheurs en informatique il a créé un implant révolutionnaire qui lui permet non pas de voir, mais d’entendre les couleurs. Rapidement il s’est adapté à cette nouvelle vision, et a même commencé à rêver en couleur, ce qui pour lui a été le moment où le logiciel et son cerveau ne faisaient plus qu’un. Cet homme cyborg peut aujourd’hui capter des couleurs invisibles aux yeux de l’homme telles que l’ultraviolet ou l’infrarouge. Cet artiste contemporain aux allures de Maya l’abeille (en rapport à l’antenne qui trône au-dessus de sa coupe au bol) a été reconnu comme un cyborg par la grande Bretagne, posant fièrement avec son eyeborg sur sa photo de passeport. Personnage intriguant, il a créé sa fondation « cyborg fondation » qui peut permettre à chacun de vous d’augmenter ses capacités.

 

Vous n’avez aucun sens de l’orientation ? Il existe une puce interne qui peut vous servir de boussole. Vous êtes effrayés par les tremblements de terre et voulez les sentir avant tout le monde pour arriver le premier au bunker ? Il existe une puce pour cela. Vous voulez rivaliser avec Médor question odorat ? Ce sera bientôt possible grâce à la Cyborg Foundation. Vous l’aurez compris, nous avons basculé dans le clan des « augmentateurs d’humains », attaquons-nous donc aux gros morceaux.

Transhumanisme innovation

Par Dan Wilton/The Red Bulletin , via Wikimedia Commons

« Vous êtes mon seul espoir Obi Wan »

Un des projets les plus imposants actuellement reste celui de Dimitry Itskov, appelé sobrement « initiative 2045 ». Ce vaste projet, ouvert au crowdfunding (eh oui, même vous, depuis votre canapé, vous pouvez participer à la révolution transhumaniste) se résume en quatre étapes et chaque étape a son avatar (aucun d’entre eux n’est bleu). L’avatar A (comme Antoine) sera un robot sosie de votre personne, à l’image de celui d’Hiroshi Ishiguro, mais avec les capacités du robot Petman, vous pourrez le contrôler à distance et il devrait voir le jour à l’horizon 2020. Cinq années après, avec l’avatar B (comme Benjamin), votre cerveau sera directement transplanté dans un robot. Étape supérieure, nous sommes en 2035, faîtes la rencontre de l’avatar C (comme Camille) dans lequel on aura transféré les données et fonctions cognitives que l’on retrouve dans notre cerveau, le tout grâce au mind-uploading. Cessons ce suspens, voici venir le temps de l’avatar D (comme Didier ou Denise). Pour ce dernier, votre conscience sera directement stockée sur un serveur. Libéré du poids de toute enveloppe corporelle, vous vous déplacerez grâce à des hologrammes (quand je vous dis que Star Wars n’était pas vraiment de la science-fiction).

 

Le transhumanisme est désormais omniprésent qu’on le sache ou non, qu’on le veuille ou non. Il existe aujourd’hui un véritable parti rallié à cette cause aux États-Unis (of course) avec Zoltan Itsvan à sa tête, chauffeur émérite du bus de l’immortalité. Il existe également des associations telles que l’association mormone transhumaniste, et on parle aussi de transreligion. En bref, nous n’y échapperons pas, c’est la suite logique de l’humanité avec ou sans l’accord général. En effet, comme l’a dit Laurent Alexandre « face à la maladie, nous sommes tous transhumanistes ». Le jour où l’humain qui vit un demi-millénaire foulera le même sol que nous, qui décidera d’arrêter l’aventure après seulement 80 courtes années ?

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.