Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la vidéo et plus précisément à la vidéo avec smartphone ?

C’est avant tout le goût pour l’image qui m’a guidé vers la vidéo, mais pas seulement. J’adore également la prise de son. Techniquement parlant, c’est du bonheur !

Quant au smartphone, il est devenu un instrument de libération des pratiques dans la formation digitale. On ne peut plus interdire à qui que ce soit de partager quoi que ce soit. Du moment que l’on bénéficie d’une bonne connexion, quoi qu’on réalise, on peut le partager instantanément sans l’autorisation de personne.

Aujourd’hui, même pour faire des vidéos professionnelles, les vidéastes amateurs font exactement comme ils le font quand ils sont en famille ou à un concert, au stade, sans se poser plus de questions. Ils produisent des vidéos, des photos. Et s’ils ont une application sympathique qui leur permet de mettre un joli titre, une animation, d’ajouter de la réalité augmentée, ils savent le faire, mais aussi le partager. Chez nos clients, les collaborateurs sont ainsi devenus des producteurs de contenus en masse.

Nicolas Lozancic

Nicolas Lozancic, Digital Learning Strategy et Marketing Officer

Dans la formation digitale, où en est-on de cette appropriation de la vidéo ?

Jusqu’à présent, le frein de la vidéo en formation avait été les débits et les coûts de production trop élevés. Et les entreprises ont souvent voulu faire des choses très propres, très carrées, avec des vidéos institutionnelles comme un top manager qui témoigne, une vidéo réalisée sur la chaîne de production, ou encore une interview d’expert.

Nous n’avions pas intégré tout ce que YouTube nous a fait assimiler avec la vidéo prise sur le vif. Aujourd’hui, il suffit de regarder un JT sur n’importe quelle chaîne de la TNT, pour apercevoir de nombreuses vidéos réalisées avec un smartphone. Tout est pixélisé, sans que cela ne dérange personne. Parfois, les chaînes prennent même un malin plaisir à mettre des bandes noires, même quand la vidéo est présentée en 16/9, afin de bien montrer que cela vient du terrain, que c’est pris sur le vif, que c’est de l’exclusivité. Cette culture de la vidéo sur Internet vient donner une autre définition à la vidéo et cela redéfinit le matériel que l’on va utiliser.

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La vidéo mobile est ainsi une tendance en formation qui nous vient du journalisme. Le smartphone a redistribué la carte de la production de vidéo et cela vaut aussi pour le digital learning. Désormais, tout le monde peut en faire, les formateurs, comme les apprenants, que l’on soit dans une salle ou sur le terrain. La production est sans limites, l’outil tient dans la poche et il n’y a pas besoin d’apprentissage.

Nous n’avions pas intégré tout ce que YouTube nous a fait assimiler avec la vidéo prise sur le vif.

Avez-vous un bon conseil pour réussir une vidéo avec son smartphone ?

Ne pas hésiter à se lancer. Il y a souvent des craintes. « Oui, mais je n’ai pas de micro, de cadre, etc. » La première vidéo sera peut-être à contre-jour, mais pas la prochaine. Donc le conseil, c’est de pratiquer.

Ensuite, il y a tout sur Internet pour apprendre les rudiments. On ne demande pas de devenir cinéaste, il ne s’agit pas de production pour le cinéma. Il s’agit de comprendre que l’on peut passer du plan large à l’ultra gros plan, et donc de connaître les différentes valeurs de plan. Et de connaître aussi un peu son matériel. Il faut savoir a minima comment fonctionne sa caméra sur son smartphone et après, lorsque l’on commence à être un peu aguerri, on peut manipuler les accessoires, s’appuyer sur des applications un peu plus professionnelles pour filmer. Parce qu’il en existe qui sont assez pratiques où l’on pourra attaquer des tournages dans des lieux mal insonorisés par exemple.

Quel que soit le smartphone, meilleure l’image sera en entrée et meilleure elle sera en sortie.

Du matériel vidéo à nous suggérer ? Un smartphone qui se démarque des autres ?

Les puristes, à l’image des journalistes qui ont une connaissance de la création de vidéo mobile sur smartphone, conseillent un iPhone. Non pas parce que cela serait le meilleur appareil, mais simplement parce qu’un iPhone est le même partout dans le monde. Avec un appareil sous Android, pour avoir une bonne application capable de régler finement la caméra du smartphone, les applications peuvent être moins performantes d’un téléphone à l’autre. Après, quel que soit le smartphone, meilleure l’image sera en entrée et meilleure elle sera en sortie.

Pour le son, par contre, il faut un microphone adapté à la situation. Dans les familles de micro, certains sont adaptés à des prises de son à distance, pour des interviews ou dans un environnement bruyant. Je conseillerais d’en avoir un ou plusieurs, selon le nombre de personnes à équiper. Je pense notamment aux contraintes face aux publics en formation. Si je dois équiper 250 formateurs de terrain, ce n’est pas comme m’équiper moi tout seul. Dans ma mallette, j’ai 5 micros. Mais pour 250 formateurs, il faut trouver le micro passe-partout.

Pour faire de la vidéo dans des environnements sombres, il faudra également un ou plusieurs petits compléments de lumière. On peut choisir les petites minettes posées sur les hauts des appareils photo ou caméras, comme on peut avoir des petits panneaux LED qui fonctionnent sur batterie.

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En extérieur, les réflecteurs pour mieux diriger la lumière sont également pratiques. Et concernant les stabilisateurs, cela peut être important si on est sur un terrain où il risque d’y avoir des vagues. Ils permettent d’avoir un effet visuel qui rend l’image agréable à regarder, avec un quasi travelling. Après il faut être inventif. Dernièrement, Apple a lancé des mini tutos en format vidéo de 10 à 15 secondes sur les réseaux sociaux et j’en ai vu passer un sur « comment faire un bon travelling avec son iPhone ». La réponse : monter sur un skate. Et je l’ai déjà fait !

Filmer avec son smartphone

Et que pensez-vous du format vertical ?

Le format chéri des réseaux sociaux. Il peut concerner le journalisme, l’image télé ou pourquoi pas le cinéma. Et c’est surtout une question de pertinence et d’écriture, comme on peut le voir avec le court métrage d’Arte Je ne t’aime pas. Mais notre champ de vision naturel est plutôt rectangulaire. Le vertical, c’est le champ de vision d’un smartphone. Donc, je n’ai rien contre, mais derrière, qu’est-ce que l’on va en faire ?

En ce qui concerne la formation, bien sûr, avec l’essor du mobile learning, il est important de continuer d’introduire la vidéo sur smartphone. Toutefois, nous aurons besoin d’avoir un cadre suffisamment large pour apercevoir les personnes présentes sur un même plan. Le problème avec le vertical, c’est que le mouvement est difficile à intégrer dans le cadre et il est compliqué d’opérer le recul nécessaire, ce qui rend parfois l’image illisible.

La vidéo est-elle l’avenir de la formation ?

La vidéo est un des avenirs de la formation. C’est un contenu facile à produire et à consommer. Tout le monde aura envie dans le secteur d’en produire. Il reste encore des problèmes secondaires et des freins. Où héberger la vidéo ? Quid de la bande passante ? Quid du stockage ? Que faire de vidéos trop lourdes filmées en 4K par des personnes qui n’auraient pas pensé faire quelques réglages préalables ? Cela reste des freins temporaires. La question importante à se poser dès maintenant, c’est comment faire le tri dans le contenu produit. C’est là que les nouvelles plateformes, avec des algorithmes, avec des contenus pertinents, suggérés, triés, vont permettre d’y voir plus clair.

Sur un autre plan, il faudra aussi plus de compétences dans l’écriture du contenu vidéo et dans son montage. En formation, l’idée est de sortir de la logique de l’écran qui suit l’écran qui suit l’écran, avec le bouton « suite » à chaque page. Tout l’intérêt sera de monter une histoire à partir de rush, dans un sens ou un autre, ou encore un autre, une histoire capable de s’adapter aux situations et aux profils.

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Conteuse numérique
Cofondatrice des Chuchoteuses, je suis une mordue de l'organisation, une adepte de la communication et un jukebox à mes heures perdues. Amoureuse des arts visuels, je milite pour que la série devienne le 11 ème art et demeure à tout instant passionnée des petits mots comme des grands.